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La voix des sans voix en République Centrafricaine

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Dominique Yandocka crée son parti politique et accuse Touadéra d’incompétence notoire, de prédation et de mal – gouvernance


Monsieur Eric Ngaba :  Bonjour, Monsieur Dominique YANDOCKA !

Dominique Yandocka : Bonjour,  Monsieur NGABA. 

CNC : Monsieur Yandocka, vous êtes un  jeune  entrepreneur centrafricain, et vous avez décidé de vous engager dans  la vie politique.  Qu’est-ce qui vous a poussé à embrasser cette nouvelle  carrière ?

 DY : Je n’ai pas décidé aujourd’hui d’embrasser la carrière politique. Ça fait déjà plus de 20 ans que je suis dans le milieu politique et je l’ai toujours dit, chaque Centrafricain qui exerce ses activités journalières fait déjà de la politique.

Aujourd’hui, j’ai décidé de m’orienter publiquement pour aider le pays à aller de l’avant, parce qu’il y a une absence réelle de convictions, de vision  de la part de nos élites pour le devenir de la RCA.  Je m’engage ainsi donc  pour défendre la majorité silencieuse, fédérer les compétences dans le but                 d’apporter  notre petite pierre à  l’édifice pour la construction réelle de notre patrie, la République Centrafricaine.

CNC : Vous avez milité au sein d’un grand parti politique centrafricain, le MLPC. Vous avez claqué la porte et vous décidez aujourd’hui de faire cavalier seul. Quelles en sont les raisons ? 

 DY : Je ne serai ni le premier, ni le dernier à  claquer la porte du MLPC, et celle  des partis politiques traditionnels centrafricains dont la plupart  sont en perte  de vitesse. On ne quitte pas sa famille politique pour de bonnes et heureuses  raisons. On quitte un groupe dans lequel on a grandi et à qui on a tout donné   pour la simple et bonne raison  qu’on pense que l’orientation qui a été initialement prise est en train de prendre une autre direction. On se rend compte que de plus en plus l’intérêt général se résume à l’intérêt clanique ou pis ne cesse de revêtir un caractère outrancièrement  unipersonnel.  Il y a une absence réelle d’engagement, de courage et de vision politique. C’est l’une des raisons qui m’ont poussé à mener le combat autrement dans un nouveau parti politique que nous avons créé avec certains compatriotes jeunes, républicains, dynamiques, soucieux de l’avenir de la République Centrafricaine.  D’ici peu, nous ferons notre rentrée politique et démarrer une tournée à l’intérieur du pays pour présenter notre projet et vision alternative aux Centrafricains.

CNC : Beaucoup de Centrafricains vous connaissent en tant qu’un jeune Opérateur économique ou entrepreneur centrafricain. Alors, pourquoi avez-vous changé de cap ?

DY : La politique est multiforme. Aujourd’hui, je fais de la politique économique, et celle du développement pour mon pays. A ce titre,  je dois être très attentif à ce qui se passe même si vous me taxer d’éternel entrepreneur centrafricain. Mais par exemple, pour que l’entreprenariat puisse se développer en Centrafrique il faut qu’il y ait une nouvelle approche, à travers la conception et l’adoption des mesures  incitatives  à la création d’entreprises, d’emplois et de richesse, et au  respect des lois qui régissent ce domaine hautement vital ; cela est fondamental. Malheureusement aujourd’hui,  pays est en pleine  déconfiture, l’ascenseur social en panne, et tout cela à cause d’ un manque criard  de vision de sortie de crises sociopolitiques.  Les nouvelles autorités font  du tâtonnement à tous les niveaux dans la gestion des affaires d’état, en dépit de l’espoir que la plèbe a placé en elles. Quant à l’opposition politique, elle a démissionné  devant ses responsabilités pour laisser laplace à l’opposition armée qui se multiplie au jour le jour. S’agissant des partis politiques  de la majorité qui étaient censés aider le président de la République à prendre des orientations pouvant amener  le pays vers l’avant, ils se taisent curieusement. Face à cette absence, il est de notre devoir patriotique en tant que jeunes de prendre nos responsabilités  pour stopper les maux cancérigènes qui minent la République en vue d’offrir au peuple ce qu’il attend depuis fort longtemps c’est à dire une vie meilleure. Par conséquent,  le peuple  désabusé ne croit plus à ce système et nous  ne voulons pas que nos parents puissent nous léguer une république sans ressources, sans amour, et sans lendemain meilleur pour nos populations. Nous sommes en train d’assister avec le régime actuel à la disparition de l’identité centrafricaine et on refuse  d’être associé de près ni de loin à cette manœuvre de liquidation de la patrie.

La politique que les gens font aujourd’hui chez nous, c’est la politique d’enrichissement personnel. Des gens qu’on croyait qu’ils étaient des idoles pour nous par le passé,  se retrouvent aujourd’hui être muselés dans un camp et ne pensent qu’à leur poche au détriment des Centrafricains qui attendent d’eux des actions concrètes pour leur permettre de construire leur vie.  Le chômage des jeunes devient de plus en plus le lot quotidien de tous, les tueries ne cessent d’accroitre à l’intérieur du pays, la corruption institutionnalisée, les vrais investisseurs se désintéressent  de la Centrafrique, le clanisme persiste et dévient un critère d’ascension sociale, une diplomatie hasardeuse,, le tout couronné par une  incapacité totales des nouveaux princes  à répondre aux attentes du peuple. Bref,  une gestion décevante.

CNC : Et pourtant certains Centrafricains disent que le président Faustin Archange Touadera est sur un bel élan pour le relèvement du pays. Mais vous, vous avez un point de vue opposé. 

DY : Je ne rentre pas dans cette  hypocrisie pour dire que le président Touadera est sur un bel élan aujourd’hui. C’est faux .  Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est le quotidien des Centrafricains. Est-ce que le Centrafricain mange à sa faim ? Est-ce que le Centrafricain a les moyens de se soigner aujourd’hui ? Est-ce que le Centrafricain lambda  peut prétendre  construire une maison pour mieux se loger? Est-ce que le Centrafricain est en mesure de savoir ce qu’il fera demain? Non ! Il y a rien, aucune perspective d’avenir.  Soyons sérieux ! Nous assistons à un spectacle de quelqu’un qui se lève, qui effectue mille et un voyages et qu’au final, il  n’a aucun résultat. Nous sommes en face des gens qui décident le matin, se déjugent à midi et se contredisent le soir.

Donc peu outillés pour gouverner une telle nation. Ça fait aujourd’hui deux ans que les Centrafricains attendent impatiemment du président Touadera des actes concrets. La classe politique centrafricaine n’existe que de nom, et  nous allons les accompagner  vers la porte de sortie.  Elle refuse de reconnaître qu’elle est tout simplement fatiguée de ses  propres bêtises. Il  n’y a plus grand chose à tirer d’elle.

CNC : Mais, concrètement, qu’est-ce que vous reprochez au président Touadera ?

DY : Ce n’est pas un homme de parole. Et  tous les centrafricains ont des doutes  sur ses capacités réelles  à faire progresser  le pays. Le comble c’est qu’il ne fait pas grand chose pour s’améliorer en tant que chef de l’Etat, et  s’enferme sur lui-même. Si tu n’es pas d’accord avec ses idées c’est que tu veux faire un coup d’état contre son régime. Il  ne pense qu’à tous ceux qui l’entourent.  Il est claustrophobe à l’ascenseur social centrafricain. C’est quelqu’un qui ne prend pas les choses à bras-le-corps pour s’imposer en tant que Chef de l’Etat afin de permettre à la société centrafricaine d’espérer vers un avenir radieux.

Donc, pour nous, s’il a inventé une théorie en mathématique, il lui reste à inventer une théorie en politique. Les gens peinent à voir clair dans la sortie de ces différentes crises qui n’ont que trop duré dans notre pays. Pour moi, le président doit faire  mieux  que ça. Il doit s’ouvrir, et se poser des vraies questions. Des vraies questions, ce n’est pas ce que nous sommes en train de voir. Qu’il arrête de nous faire croire que le relèvement passe exclusivement par sa théorie du DDRR ou encore par le RCPCA qui ne profite qu’à une bande bien identifiée. Pour éradiquer la violence perpétrée par ces groupes armés, il faut une réelle politique adaptée. C’est-à-dire une vraie politique de développement social sincère sans roublardise.

CNC : Et qu’est-ce que vous reprochez à l’opposition ?

DY : Ce qui me surprend c’est le mutisme de l’opposition. Qui ne dit rien consent, n’est – ce pas ? L’opposition centrafricaine a totalement disparue. C’est une opposition de circonstance. C’est une opposition qui se lève quand ça l’arrange. Les gens meurent, cela ne  dit rien à ceux dont ils doivent solliciter le vote. Il n’y a plus d’opposition en Centrafrique depuis fort longtemps. Des gens qui s’érigent en opposants sont dans un calcul de positionnement personnel. Etre dans l’opposition c’est de regarder de très près ce qui se passe avec une vision objective pour dénoncer les abus de l’exécutif mais aussi de soutenir les bonnes initiatives.

Je prends pour exemple l’augmentation des prix des denrées de base. Je prends l’exemple des conventions ou contrats que le gouvernement signe en catimini avec des clauses léonines au nom de l’Etat, la multiplication des tueries, la loi des Finances 2018 avec les augmentations vertigineuses des fonds spéciaux. En voici quelques sujets  sur lesquels  l’opposition devrait se fonder  pour  interpeller  le pouvoir pour éviter à notre pays de continuer à être taxé d’Etat – Voyou. Et pourtant tout le monde sait que le président de la République est en train de ne faire qu’à sa tête. En face, l’assemblée nationale est dormante et démissionnaire,  et par moment complice, foulant allégrement aux pieds certains articles de la constitution, et  snobés avec mépris. Mais personne n’en parle. Par exemple l’histoire des Russes qui sont arrivés en Terre Centrafricaine. Le gouvernement se doit de donner des explications  aux Centrafricains la nature effective des contrats  et concessions qui ont été signés bien attendu en cachette , au lieu de ne  nous enfumer qu’avec la dotation  en armes des nos FACA, ou encore nous distraire avec l’affaire dite de  Bérengo, orchestrée par eux pour diviser la famille Bokassa. Les Russes ne sont pas des enfants de cœur, ils ne sont pas venus en Centrafrique pour les actions caritatives,loin de là.Une chose est sûr : le  régime actuel partira mais il y aura  ce qu’on appelle la continuité de l’Etat.  L’opposition devrait être à la hauteur des tâches, malheureusement ce n’est pas le cas. C’est pourquoi,  nous serions la troisième voix, celle du progrès ,du développement et de la lucidité, et notre objectif  c’est de ne plus laisser le peuple se marcher dessus. Nous allons descendre dans l’arène, je vous prie de me croire, nous n’avons rien à perdre. On fera bouger les lignes pour permettre au capitaine mathématicien à sincérité variable à se corriger ou à quitter le pouvoir légalement. Nous serions très regardant sur certains sujets sensibles pour faire garantir l’intégrité de l’Etat.Nous serions engagé  avec de l’audace pour dire ce qui est bien et  dénoncer son contraire .

CNC : Evidemment, on ne peut pas relancer l’économie ou créer de la richesse sans régler la question sécuritaire ?

DY : La création des richesses est l’un des facteurs pour endiguer l’insécurité. On ne doit pas se laisser embrigader dans cette logique qui consiste à croire que les chefs rebelles vont déposer les armes de leur propre gré avant que le gouvernement ne puisse se décider à  investir pour créer la richesse, assurer la sécurité, donner à manger aux Centrafricains. C’est une question de politique globale et intégrée. A partir du moment où vous aurez  créé des emplois, quand vous aurez  embauché des jeunes, quand vous aurez apporté des solutions concrètes aux multiples problèmes du  peuple, vous constaterez par vous même que ceux qui détiennent aujourd’hui les  armes vont les abandonner pour se projeter dans un avenir sans armes. Ils ont pris les armes par dépit.

Il faudrait une nouvelle approche. Et cette approche malheureusement, le gouvernement et la classe politique n’ont pas la  capacité de la considérer comme une solution sérieuse. Il y a un manque de sincérité, un désamour au plus haut sommet de l’Etat. Tous ceux qui se disent de la majorité présidentielle ou de l’opposition ne s’aiment pas entre eux. Nos élites sont des hypocrites, incapables  de s’unir avec franchise. Et qui paie le prix, ce sont  les populations.

Nous nous érigeons aujourd’hui en défenseurs de ces populations et nous décidons de porter ce fardeau afin de défendre l’intérêt national à travers le projet politique que nous allons proposer. Une chose est sûre :  nos parents ont échoué. Le plus grand service qu’ils ont à rendre aux Centrafricains, c’est de s’effacer de la vie politique et nous laisser, la jeunesse, se faire les dents pour que d’ici 2021, nous mettions fin à cette gabegie, à cette incapacité.

CNC : En lançant ce défi politique, est-ce que vous avez les reins solides pour pouvoir défier ces anciens du marigot politique centrafricain ? 

 

DY : Nous sommes un mouvement naissant. Nous sommes majoritairement jeunes et très dynamique et plus nombreux que ceux qui ont toujours dirigé  le pays. Ils sont grands par ce que nous sommes à genoux. C’est nous qui les avons fabriqués politiquement. Et désormais nous décidons de nous fabriquer nous-mêmes.qu’ils comprennent que dorénavant,Les dos des jeunes ne sont plus leur tablettes. Si hier, ils ont compté sur nous pour être là où ils sont aujourd’hui, demain ils ne pourront plus compter sur nous. Notre  génération a été  sacrifiée par eux, il est hors de question que les générations futures  puissent  continuer à être sacrifiés par eux.

La colonne vertébrale de notre mouvement, c’est le dynamisme et l’engagement de la jeunesse.  les jeunes et les  plus démunis  ont besoins d’une alternance politique, on est fatigué de voir toujours les mêmes qui depuis 40 ans sont au pouvoir  et continuent  de détruire le pays. Donc, ils doivent comprendre que  hier nous étions pour eux des subalternes, aujourd’hui nous sommes devenus des leaders d’opinions comme eux. Et notre objectif est clair, c’est de les envoyer à la retraite politique parce qu’ils ont tacitement échoué.

CNC : Alors, quelle est la vision de votre mouvement politique ?

DY : C’est un mouvement à caractère social, économique, et politique. Nous sommes d’obédience progressiste. Nous ne faisons pas la politique fiction. Notre approche se doit d’ être différente de celle  qui existe sur l’échéquier politique national. Nous sommes des jeunes dynamiques.  Notre mouvement a été créé par des jeunes leaders venant de tous bords  politiques. Le jour où nous allons présenter officiellement notre mouvement aux Centrafricains, vous allez découvrir le visage de tous ces leaders qui incarneront la Centrafrique de demain. Nos anciens pensent  qu’ils sont éternels. Ils nous ont  fait comprendre de par leurs comportements qu’il ne faut pas compter sur eux pour préparer la relève. Alors,  nous nous sommes décidé de nous mettre en mouvement pour préparer la relève. Nous allons assumer cette responsabilité, prêts et condamnés  à payer le prix pour un changement en République Centrafricaine d’ici à 2021.

CNC : Et donc, 2021, vous serez candidat aux élections présidentielles.

DY : Pour le moment, Dominique Yandocka ne peut pas prétendre être candidat mais si le mouvement me demanderait de le représenter, naturellement, je serais candidat. Et nous enverrons aussi des candidats aux législatives. Donc, notre mouvement présentera un candidat à la présidentielle de 2021. Ca ne sera pas forcement moi, peut-être que ça sera quelqu’un d’autre, mais croyez-moi, nous aurons un candidat.

CNC : Vous faites aussi partie de la diaspora centrafricaine. On dit souvent qu’il y a une crise de confiance entre les Centrafricains d’ici et ceux de la diaspora. Quelle est votre stratégie afin de  renouer le contrat social avec la population ?

 

DY : Non, monsieur. Il n’y a pas de crise profonde, mais il y a une crise, instrumentaliseé par nos dirigeants .  Trop souvent, ceux qui arrivent au pouvoir s’entourent des médiocres. Et la meilleure qualité qu’un médiocre peut avoir c’est de diviser pour régner. Je sais qu’au niveau de la Diaspora centrafricaine, il y a des talents ;  il y a des jeunes qui demandent qu’à revenir au pays. Mais par faute de politique  incitative et d’égalité de chance. Pour réussir un projet en Centrafrique il faut arroser  les tenants du pouvoir ou faire partie d’un cercle dit proche du pouvoir, sinon ton projet ne verra jamais jour. J’ai l’intime conviction que la diaspora centrafricaine regorge des ressources pour relever le défi centrafricain.  Sous  d’autres cieux,  les investissements de la diaspora occupent une place prépondérante dans l’économie mais en Centrafrique c’est le contraire. Il suffit seulement de leur donner juste un peu d’espace, vous allez voir ce dont elle sera  capable de faire pour développer le pays. Malheureusement, la corruption, l’exclusion sont  à ce jour institutionnalisées.

CNC : Pour terminer, est-ce que vous voulez dire quelle que chose que nous n’avons pas abordée ? 

DY : Je voudrais m’adresser à la population centrafricaine, à la jeunesse en particulier qui représente plus de 70% de la population,  aux plus démunis de ne pas baisser les bras. Notre mouvement s’offre à elle aujourd’hui et demain comme  une alternance tant attendue pour  l’avenir notre pays. Nous avons assez d’être des spectateurs. L’appel est lancé à l’endroit du peuple Centrafrique, des jeunes en particulier de se joindre à nous dans ce défi d’avenir pour la Centrafrique. Aujourd’hui, il est temps de nous lever comme un seul homme, pour défendre les intérêts de la cité centrafricaine. Le combat serait difficile mais pas impossible.

Interview réalisée par Eric NGABA

Dominique Ephrem YANDOCKA

 

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