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La voix des sans voix en République Centrafricaine

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Les hérésies de OnangaAnyanga


La conférence de presse hebdomadaire de la Minusca du mercredi dernier a permis de tirer deux leçons à propos de la crise centrafricaine en générale et du  théâtre du PK5 en particulier. Pour ce qui est de la crise centrafricaine, on sait maintenant que la République centrafricaine est sous la tutelle des Nations Unies et voilà pourquoi les choses n’avancent pas et on peut en déduire beaucoup d’autres choses. Ensuite, rien, mais alors rien comme action ne sera faite présentement et même dans l’avenir, pour arrêter les bandits armés –même si tout le monde n’est pas bandit, au PK5.

Toutes les bonnes voix qui ont crié à « la justice immédiate » risquent d’être déçues. Tant et si bien que l’opération « Soukoula » est enterrée dans le silence et qu’ « il faut se garder de penser que la paix sera le résultat d’une guerre bien menée et en un laps de temps », qu’ « il n’est pas question d’aller au PK5 avec des moyens létaux mener la guerre à une communauté. Ce n’est pas ce que les Nations Unies font. Ce n’est pas ce que le gouvernement va faire». Mais à la fin, « nous restons déterminés à employer des méthodes pour aboutir à débarrasser le PK5 des éléments devenus nocifs ». Tout compte fait, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU passe pour un moralisateur là où on l’attendait une autorité –qui doit remettre de l’ordre là où règnent le désordre et la loi de la jungle comme au PK5.

Rappelons d’abord quelques grandes lignes des propos du Représentant spécial lors de cette conférence de presse : « Quelque part la population est prise en otage par des hommes armés ». Et, bien que « nous ne ferons pas la guerre », M. OnangaAnyanga précise que « il y aura une pression sur les groupes armés », « quand il y a menace, nous agirons », le but étant de faire en sorte que « l’ordre constitutionnel soit respecté ». Pas de renversement du pouvoir –et même si cela pouvait arriver :ceux-là qui font encore des « velléités guerrières doivent s’assurer qu’ « ils n’auront aucun soutien international ». Mais, et c’est toute l’ambiguïté :« à ceux-là qui menacent de faire la guerre, nous leur opposons la légitimité ».

Pour lui, les véritables ennemis de la RCA sont ceux qui, par leurs actes et leurs propos, enveniment la situation, ce n’est pas la Minusca. La situation à Bangui préoccupe la Minusca, mais « nos soldats sont à pied d’œuvre à KagaBandoro, à Dekoa ».Il déclare qu’une présence militaire permanente de la Minusca est mise en place à Fatima, « qui gardera les lieux pour éviter de connaître la situation que nous avons connue ». Un dispositif conjoint, avec le gouvernement, est mis en place dans la zone alentour du PK5, selon le conférencier. Mais ce n’est pas l’unique plan, il y a aussi la dynamique de paix. M. OnangaAnyanga déclare que la bonne initiative est celle que mène actuellement l’Union Africaine. Enfin, la stratégie de l’action de la Minusca est liée à la montée en puissance de l’armée centrafricaine : autrement dit, la Minusca attend que les FACA soient remises debout et redéployées pour qu’elle (Minusca)se mette derrière !…

S’il est vrai que l’on doit éviter de faire et de pousser à « la stigmatisation d’une communauté », il est cependant clair que le problème n’est pas là : on ne demande pas à la Minusca d’aller faire la guerre à la communauté musulmane. D’autant que c’est cette même communauté se sentant prise en otage ou du moins, ceux, nombreux des compatriotes parmi elle, qui aspirent à la paix, qui étaient venus vers les autorités y compris vers la Minusca pour demander qu’on les aide à se débarrasser de cette chique qu’est la présence et l’action nuisible des bandes armées soi-disant autodéfenses dans le pied. Maintenant, il va de soi que pour y parvenir, on doit faire une ouverture correspondant à une plaie, mais on peut aussi bien éviter le pire des scénarios que M. OnangaAnyanga présente comme inévitable, c’est-à-dire un carnage, d’après beaucoup de spécialistes contactés par nos soins.

Parce que voilà, on ne peut pas dire que Bangui seule fait l’exception par une impossibilité à mener une guerre urbaine contre des bandes criminelles comparativement à des agglomérations incommensurablement plus grandes comme Mexico, Brasilia ou encore Bogota où on ne lésine pas sur les moyens pour venir à bout des réseaux des narcotrafiquants plutôt puissants à ne pas comparer avec le cliché centrafricain. Une opération d’envergure contre des réseaux de criminels comme ‘’Force’’ qui nargue toutes les autorités y compris la Minusca, ne saurait être présentée comme un ciblage de la communauté musulmane. Nous craignons de dire que tous les efforts menés par le président Touadéra et le cardinal Nzapalaïnga pour enlever de la tête de l’opinion cette idée fausse manigancée par ceux-là qui veulent semer le chaos, sont ainsi méconnus et annihilés par M. OnangaAnyanga qui voudrait faire croire à sa manière qu’il y a une poussée au communautarisme avec effet induit de surseoir à toute possibilité de poursuivre la guerre contre les criminels. Alors, c’est plutôt à M. OnangaAnyanga de faire attention au mélange frelaté de l’eau qu’il entend parsemer pour éteindre le feu, parce que finalement, si le sol est trop mouillée, c’est l’arroseur qui risque de glisser et se faire arroser, n’est-ce pas.

Qu’à cela ne tienne, voici un tableau sombre de la situation tel qu’il se présente : ‘’Force’’ a horreur de la présence des forces spéciales portugaises depuis que le président du Portugal a foulé le sol centrafricain et s’est entretenu avec le président Touadéra fin mars. Il redoute un engagement permanent du contingent portugais à faire face à des situations d’épreuve pour rétablir à temps réel le calme. Et finalement, il avait tiré sur le contingent portugais qui n’était que de passage dans ce quartier. Il s’en est suivi une opération visant à le capturer, entre autres bandits, qui a lamentablement échoué parce que dit-on, il y a eu trahison. Qui a trahi ?

On ne saurait répondre à cette question mais toujours est-il que certains contingents entretiennent des rapports de proximité qui peuvent s’avérer dangereux pour la bonne marche du processus de paix en général car il est une chose, il n’y a de cette crise centrafricaine que des bandes armées de l’ex-coalition Séléka qui malmènent le gouvernement légalement établi alors que ce dernier n’a pas les moyens de leur face ainsi que la population abandonnée à elle-même. Le combat est à sens unique puisque les résidus de ce qu’on appelle les Anti-Balaka, ce ne sont que des mouvements parasitaires de résistance qui sont appelées à disparaître dès que les envahisseurs et leurs complices centrafricains qui pillent les ressources du pays auront baissé les armes.

S’il est vrai qu’on doit éviter « la thèse du complot » parce que sous-entendu que « la Minusca n’est pas ici pour aider les bandits à aller tuer des populations » comme s’écrie le Représentant spécial, il est aussi important de se poser des questions telles que : pourquoi les contingents qui sont réputés faire un travail impartial sont toujours priés de quitter les théâtres explosifs voir de quitter le pays : hier les deux Congolais, aujourd’hui encore les Burundais qui viennent de stopper nette une progression des éléments du FPRC aux environs de Dekoa en mouvement vers Sibut (Kémo) pour Bangui destination finale. Ce, malgré la protestation de la population locale que ni le gouvernement, ni la Minusca, ne couvre par une réelle présence protectrice.

Par contre, les contingents qui entretiennent de bonnes relations avec les factions de l’ex-Séléka, des contingents à forte dominance musulmans, sont maintenus malgré le mépris de la population meurtrie –c’est le cas de rappeler, Bangassou qui offre l’exemple de la complicité la plus flagrante qui soit. Hier encore à cette conférence de presse, question a été posée au Représentant spécial, de se dire : pourquoi, selon lui, la Minusca est de plus en plus mal vue ? Il n’a répondu que par des incertitudes mais surtout par des menaces contre toute personne qui, disait-il en substance : expose le personnel civil ou militaire de la Minusca à la vindicte populaire.

On peut beau agir par crainte, on peut beau craindre de tomber sous le coup de cette loi terrorisante pondue par les Nations Unies qui s’annonce, mais tant que les tueries sur lescivils continueront, qui ferait confiance à la Minusca ? Pas même les autorités en place –qui sont déjà vomies par la population qui se sent abandonnée !Encore faut-il rappeler que la communauté internationale renforce les mesures de protection des casques bleus mais se soucie peu de la vie des civils qui tombent sous les balles des envahisseurs et leurs complices centrafricains.

Faut-il rappeler que les Centrafricains sont déjà convaincus de cette thèse du complot international, parce que des accords innombrables signés par les groupes armés, la Minusca n’a jamais exercé une pression véritable pour les forcer à son respect. Et toutes les fautes –des prétextes, sont pris sur le gouvernement qui pourtant est en position de faiblesse. Aujourd’hui, l’Union Africaine mène une longue série de consultations qui viennent finalement d’aboutir par des propositions intégrant les positions des groupes armés soumises au gouvernement. D’ores et déjà, il faut s’inquiéter en amont : qui de la communauté internationale va appuyer le gouvernement dans ses contre-propositions à soumettre aux hommes armés dans la mesure où celui-ci est en position de faiblesse.

Par ailleurs, on n’a pas encore fini de déplorer les limitations imposées notamment à l’armée centrafricaine dans la dynamique de son redéploiement que voici, M. OnangaAnyanga asurpris l’opinion en annonçant qu’au milieu de ce mois de mai le Secrétaire général va présenter au Conseil de sécurité un plan de redéploiement des FACA –avec une implication forte de la Minusca. C’est assez pour dire aux Centrafricains de manière claire et ferme que même s’ils peuvent disposer d’une armée, ils n’ont cependant pas le dernier mot sur ce qu’il faut faire de leur armée. C’est triste.

Ce son dis-harmonieux qui transpose le mensonge pour le moins grossier selon lequel « l’embargo n’empêche pas les autorités centrafricaines de faire ce qu’elles pensent nécessaire avec les FACA », constitue une raison de plus de s’interroger sur le rôle de la Minusca en RCA. Et même s’il faudra attendre que le conseil de sécurité donne son feu vert au redéploiement des FACA, cela ne signifie pas qu’elles iraient directement sur les théâtres d’affrontements, car le Représentant spécial est, lui, convaincu que « la guerre même gagnée, n’apporte pas la paix ». Il appartient au gouvernement en premier ressort d’afficher le courage de dénoncer le diktat de la communauté internationale qui, visiblement et une fois de plus, déroule sous les yeux des Centrafricains son agenda caché.

Au demeurant, que cela signifie « faire la paix » avec une personne qui vous déclare constamment la guerre ? C’est insensé, cette manière de voir les choses, ça sent une volonté à rester longtemps dans le chaos.

Prince Coh

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