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La voix des sans voix en République Centrafricaine

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Nation : M. Guillaume Lappo, que dites – vous donc du non paiement des milliers de factures de l’Enerca par l’Etat ?


Quelques jours après la conférence de presse organisée par le ministre des mines, de l’énergie et de l’hydraulique, M. Léopold Mboli Fatrane qu’entouraient ses plus proches collaborateurs et en la présence de M. Thierry Patient Bendima, ci – devant directeur général de l’Enerca par intérim, c’est au tour il y a deux (2) jours du conseil d’administration de cette entreprise de monter au créneau, par la voix de M. Guillaume Lappo, son président ad interim. Pour lancer une campagne de sensibilisation des personnels de l’Enerca sans exclusive sur leurs responsabilités directes ou indirectes dans les actes de fraudes et de vandalismes dont ne cessent de faire l’objet les installations et les différents équipements de cette société d’Etat et les rappeler à l’ordre et au respect scrupuleux de leurs obligations et de leurs devoirs, sans préjudice de sanctions disciplinaires et de radiation.

En effet, depuis la terrible crise énergétique de juin 2008 qui s’est traduite par la panne intervenue sur les installations de la centrale hydroélectrique de Boali I qui produit plus de 60% de la production d’électricité, plongeant ainsi la ville de Bangui et ses environs dans l’obscurité pendant plusieurs mois et contraignant la direction générale de l’Enerca à recourir à l’usage des délestages dont la durée oscillait et continue d’osciller entre 4 h et 8 h de temps suivant les zones de départ, des doigts accusateurs sont toujours portés sur les agents de cette entreprise dans la commission de certains actes de fraudes, de vols et de destructions physiques, d’une part, et dans des opérations de vente parallèle et illicite des services régulièrement dus aux abonnés contre des pratiques de minorations des factures à payer, de branchements illicites et de rackettages et ce, moyennant souvent fortes espèces sonnantes et trébuchantes, d’autre part. Des actes indélicats qui concourent mensuellement à l’assèchement des ressources de l’Enerca, à la destruction de ses biens et autres installations et qui sont de nature à accélérer son processus de liquidation pure et simple. Somme toute, un rappel à l’ordre à plus d’esprit citoyen et une mise en garde, légitimes et approuvés par tous les combattants de la liberté et de la démocratie.

Mais, autant il relève de la responsabilité du conseil d’administration de jouer son rôle d’organe de tutelle auquel est assujettie la seule entreprise nationale de production, de transport, de distribution et de commercialisation d’électricité, autant M. Guillaume Lappo doit aussi rappeler à l’ordre l’Etat sur ses missions, celles de concevoir et de conduire la politique énergétique dans ce pays et sur ses responsabilités dans les litanies de difficultés dont souffre l’Enerca depuis des années.

 En effet, pour tous les combattants de la liberté et de la démocratie, l’Etat a failli dans ses missions de défendre et de traduire en actes le droit de tous à l’électricité comme à l’eau potable. Si, au lendemain de l’accession de la République à l’indépendance, beaucoup d’efforts ont été faits pour accélérer l’électrification de la ville de Bangui et celle de nos principales préfectures, cette volonté politique s’est émoussée, il y a aujourd’hui plus d’une trentaine d’années. C’est ainsi qu’après le lancement du projet de construction de la centrale hydroélectrique de Boali III, pour une capacité de production estimée in fine à 10 MW, dont les travaux ont été suspendus à plusieurs reprises du fait  de périodes d’instabilités chroniques dues à des crises militaro politiques récurrentes et qui à ce jour tardent à être relancés par les partenaires chinois, aucun autre projet ambitieux pour augmenter la capacité réelle de production du pays en électricité, en termes de puissance significative, n’a été initié et n’a vu le jour. Entretemps, non seulement les infrastructures de base de l’Enerca tant à Bangui que dans nos provinces sont devenues obsolètes, vétustes et démodées, mais surtout l’Etat, en sa qualité de gros consommateur d’énergie électrique n’a jamais été en mesure de payer régulièrement ses factures dont le montant s’élève aujourd’hui à des milliards de Francs CFA. Cette culture anti citoyenne, incarnée au plus au sommet de la République par l’Etat centrafricain, ses dirigeants, ses présidents, ses premiers ministres, ses présidents de l’assemblée nationale, ses ministres ou ses ministrons, ses directeurs généraux, ses directeurs, ses chefs de service, ses chefs de bureau, ses fonctionnaires et ses agents, a fini par se cristalliser dans les mentalités et la conscience collective de la plèbe. La raison d’être d’un Etat dans ce pays n’est- elle pas d’offrir gratuitement des services de qualité non pas au peuple mais à ses dirigeants ? Pourquoi alors devrait- il en être autrement pour toutes les autres couches sociales, les plus vulnérables et  les abonnés de l’Enerca ?

 Même si l’on ne peut ignorer de temps en temps l’appui du gouvernement à l’Enerca, à travers la fameuse formule des subventions, il est indigne, irresponsable et voire criminel pour tout Etat digne de ce nom de ne pas honorer le paiement de ses factures. Un comportement antirépublicain et irresponsable qui doit être relevé et dénoncé et qui trahit l’absence d’une culture citoyenne et fiscale de la part de ceux – là qui incarnent l’Etat et qui doivent agir au nom et pour le compte de la chose publique « res publica ».

A ces tares avérées et ces faiblesses de l’Etat dont les conséquences dans le processus de liquidation physique de l’Enerca  suffisamment entamée ne sont plus à démontrer, doivent s’ajouter sa mise sous tutelle de la primature, représentée ici par le contrôleur général d’Etat près les sociétés d’Etat et les offices publics et l’immixtion trop intempestive de cette institution de contrôle dans sa gestion quotidienne. Ce qui confère à cet organe de contrôle la qualité de juge et partie. Ce qui constitue un acte de flagrante violation des dispositions de la loi portant organisation et fonctionnement des sociétés d’Etat et offices publics et qui est tout simplement contraire à la règle de la séparation des pouvoirs entre les ordonnateurs et les comptables publics, consacrée par le droit budgétaire. Encore une autre laideur à mettre sur le dos du gouvernement et de la primature. Comment un organe de contrôle peut – il être à la fois un organe de contrôle et un organe de gestion ? C’est le summum de l’invraisemblable et de l’étourderie.

 Car, s’il est admis que tout contrôle est nécessaire pour une bonne santé financière de  toute entreprise, il devient nuisible à la vie de cette même entreprise, lorsqu’il s’institutionnalise, n’est pas suivi d’évaluation, que la méthode couramment utilisée n’est pas efficace et efficiente et ne contribue qu’ à réduire systématiquement les dépenses sans pertinentes et préalables analyses des masses budgétaires inscrites dans les programmes d’emploi en adéquates corrélations avec l’exécution en temps réel de certaines dépenses substantielles sans le paiement desquelles l’entreprise en saurait exister et assumer ses missions.

Du coup, tel que développé ci – dessus, point n’est besoin d’être un expert budgétaire pour comprendre et affirmer sans risque de se tromper que l’Etat centrafricain est responsable des maux qui gangrènent l’Enerca, à hauteur de 70%. Au lieu de chercher des échappatoires et des boucs – émissaires, il ne doit pas avoir honte à reconnaitre ses tares et ses indignités et à changer le fusil d’épaule. En commençant d’abord par rappeler à l’ordre les membres du conseil d’administration à l’observation stricte du nombre de leurs séances annuelles. En innovant ensuite courageusement dans le domaine de l’électricité et de l’eau par la conception et la mise en œuvre d’une politique énergétique ambitieuse et agressive. En accélérant enfin la réforme de l’Enerca pour en faire véritablement une entreprise  nationale d’électricité, capable de s’autogérer, de s’autofinancer, de prendre des actions sur les marchés financiers, de diversifier ses sources d’approvisionnement, et d’importer et d’exporter, à l’exemple de l’EDF en France.

Jean – Paul Naïba

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